Présence autochtone, le festival des minorités ethniques a lieu du 11 au 21 juin, à Montréal. Cette année, le fenua y est à l’honneur pour la première fois grâce à la collaboration de Catherine Drolet de Films de l’oeil. Tombée sous le charme de la Polynésie en 2006, elle s’est vite intéressée à ses figures et à sa production culturelle. Elle a invité une dizaine d’artistes polynésiens à participer à cet événement. Parmi eux, Flora Devatine, Axel Lichtle, Jean-Daniel Devatine et le Centre des métiers d’art.

Présence autochtone à Montréal. Les Nouvelles de Tahiti“Avec sa lumière tombant sur ses superbes lagons turquoise, la Polynésie est synonyme de paradis. Mais au-delà du mythe, un peuple premier et sa culture, tenus dans l’ombre, ont été trop souvent oubliés”, c’est ainsi que Catherine Drolet raconte la Polynésie. Une Polynésie dont elle est tombée amoureuse en 2006 lors d’un voyage initiatique en quête du poète Henri Hiro. C’est d’ailleurs “un peu grâce à lui que j’ai décidé de créer un programme spéciale Polynésie française lors du festival présence autochtone”, explique-t-elle. “Poète, acteur, scénariste, réalisateur et homme d’action, Henri Hiro est une figure emblématique dans tout le Pacifique. Toute sa vie, il a lutté pour la sauvegarde de la culture ma’ohi en Polynésie française.”

Puis, Catherine s’est lancée à la recherche d’autres conservateurs de la mémoire polynésienne. Elle a invité plusieurs artistes : cinéastes, sculpteurs, photographes, écrivains ou peintres a participer au festival Présence autochtone 2009. Plusieurs ont répondu à son appel lancé à l’occasion de sa venue à Tahiti en janvier 2009 pour le Fifo : Axel Lichtlé, Claire Schwob, Marie-Hélène Villierme, des professeurs et des élèves du centre desmétiers d’arts de Polynésie (CMA) ou Jacques Navarro-Rovira. Des réalisations de cinéastes étrangers ont également été retenues : “Mahu, l’efféminé” de Jean- Michel Corillion, “Nées polynésiennes” d’Éric Bacos et “Blowing up paradise” de Ben Lewis.

Plusieurs ateliers sont mis en place à Montréal pour faire briller le fenua parmi d’autres communautés autochtones (Indiens d’Amérique, Inuits, Maori de Nouvelle-Zélande, etc.). La cinémathèque québécoise projettera les films réalisés par Henri Hiro, ou auxquels il a contribué (Marae, Le château, Les immémoriaux, Hono, etc.) Ce dernier disait : “Lorsque quelque chose est abandonné, c’est qu’il y a eu des préjugés, qu’une dévalorisation s’est produite.” Cette rétrospective s’inscrit dans cette volonté de revalorisation. Ils seront présentés et commentés par Flora Devatine et Jean-Daniel Tokainiua Devatine.

“Rendez-vous avec la culture ma’ohi” quant à lui accueillera une dizaine de films présentés et commentés par Axel Teikivahitinioheapo Lichtlé. Sans doute l’un des réalisateurs contemporains les plus prolifiques de Polynésie française. Préoccupé par la sauvegarde de sa culture et de son environnement, depuis plus de 20 ans, il a réalisé de nombreux documentaires. Quatre de ses réalisations ont été retenues : “Kooua Oho Te ii”, “Eiao” ou “Enua Enata : Terre des hommes”. L’art chorégraphique ma’ohi sera aussi raconté à travers “Les sentiers de la création” de Marie-Hélène Villierme pour lequel Axel a assumé la direction photo, “La Danse des costumes” de Claire Schwob et “Horo’a, le don” de Jacques Navarro-Rovira. Les 30 années d’essais nucléaires avec “Blowing up Paradise” de Ben Lewis. Et les somptueux “Mahu, l’efféminé” de Jean-Michel Corillion, “Nées polynésiennes” d’Éric Bacos et “Marquisien, mon frère” de Jacques Navarro-Rovira. Des films particulièrement révélateurs de réalités sociales et identitaires contemporaines de la Polynésie française.

Au-delà du mythe, un peuple premier et sa culture, tenus dans l’ombre, ont été trop souvent oubliés

“Litterama’ohi“. Flora Devatine y présentera la revue dont elle a choisi des extraits grâce auxquels elle déterminera les enjeux culturels des ma’ohi. Elle participera également à l’atelier de poésie “Entre Tahiti et Wendake” avec un autre auteur et poète, Jean Sioui. C’est la rencontre entre deux continents éloignés géographiquement mais dont les peuples autochtones présentent de nombreuses similitudes. Ils expérimenteront une écriture en plongée dans la diversité culturelle et identitaire des premières nations et du peuple ma’ohi.

Enfin, le CMA exposera au parc Émilie-Gamelin un ti’i ma’ohi, équivalent du mât totémique des premières nations. Ils créeront un grand ti’i et des gravures sur nacre sur le sol canadien pour la première fois. Viri Taimana, directeur du CMA est accompagné par Jean- Daniel Tokainiua Devatine, professeur d’histoire-géographie, Tunuieaaiteatua Salmon et Théodore Hopuu, professeurs de sculpture et des étudiants, Tuihani Teissier, Maili Taora, Philippe Aukara, Steeve Terou, Yens Rochette, Heimana Tutavae. “L’oeuvre sera officiellement remise à Terres en vues en signe d’amitié et de solidarité entre les peuples premiers, au-delà des mers et des continents “, souligne Catherine.

Source : Jennyfer Wong, Les Nouvelles de Tahiti