Une lubie de monsieur Fortune, téléfilm de France 2 tourné à Tahiti en 2009, sera projeté en avantpremière ce soir au grand théâtre de la Maison de la culture, lors de la Nuit de la fiction. Tahiti Nui Compagnies en a assuré la production exécutive. Tahiti est-elle en passe de devenir une nouvelle destination de tournage ? Le point, avec Christine Tisseau Giraudel.

Pourquoi Mascaret Films, les producteurs français du film Une lubie de monsieur Fortune, ont-ils choisi de tourner à Tahiti ?

“Ils ont d’abord pensé à la Martinique et à la Guadeloupe, où les tournages de fiction sont de plus en plus nombreux. Le seul souci, c’était le casting. L’histoire se situait en Polynésie, il fallait une figuration polynésienne et c’était compliqué à trouver en dehors de Polynésie.”

Qu’est-ce qui vous a incité à coproduire ce téléfilm ?

“Cela faisait longtemps que nous n’avions pas reçu de projet de cette taille en Polynésie. Un téléfilm français est un projet moyen, qui emploie 150 à 200 personnes, c’est à la taille de ce que nous savons bien faire et puis l’histoire nous a emballés. C’est l’histoire d’un jeune missionnaire qui débarque sur une petite île polynésienne pour convertir la population au christianisme. Il repartira bredouille et transformé.”

Le sujet du film est délicat, pensez-vous qu’il plaira au public polynésien ?

“Lorsqu’on a présenté le film à certains institutionnels, leur première réaction a été de dire ‘non cela ne s’est pas passé comme ça, l’évangélisation a bien marché’. J’ai donc hâte de connaître la réaction du public.”

Comment s’est passé le tournage ?

“Nous avons tous bien travaillé, l’équipe de Mascaret Films a été très agréablement surprise. Ils n’ont pas explosé leur budget (nous sommes à 10% de moins de ce qui était prévu). Ils ont été scotchés par les acteurs et les figurants. Ils n’ont jamais vu de personne comme Sandrinne Mollon, capable au pied levé, à une semaine du tournage de créer toute la ligne de bijoux et d’accessoires du film. France 2, le premier diffuseur, est ravi. En prime, grâce à ce projet, nous avons obtenu du CNC (Centre national de la cinématographie) que les dépenses faites par des sociétés métropolitaines en Polynésie soient éligibles au crédit d’impôts en France (une incitation fiscale pour que les producteurs français relocalisent leur production cinématographique en France). Ce qui veut dire que nous allons devenir un nouveau terrain de jeu pour les producteurs métropolitains. D’ailleurs nous travaillons déjà sur un futur projet…”

Combien de personnes un tel tournage emploie-t-il ?

“90 figurants, 35 techniciens, une quarantaine de fournisseurs, en tout 150 à 200 patentés et sociétés locales. Sur un gros tournage, comme Couples Retreat, le film d’Universal que nous avons reçu cette année, on peut compter le double voire le triple.”

Quelles difficultés les productions étrangères rencontrent-elles ici ?

“Nous manquons d’un cadre fixe et déterminé, au niveau administratif et juridique. Il y a une particularité polynésienne concernant l’embauche des techniciens. En France, ils sont salariés sur un film. Ici ils sont patentés. Pour les figurants il a fallu trouver un cadre légal. Avec les contributions et le ministère de l’Économie qui a été plutôt réactif à l’époque, nous avons mis en place une patente d’artiste dramatique exonérée de droit. Il manque des mesures incitatives telles qu’un remboursement de TVA, mais Tahiti Film Office et Richard Chin Foo, dont je tiens à souligner l’implication et le sérieux, y travaillent. Au fur et à mesure, nous sommes entendus par les gouvernements successifs. Parce qu’il y a une niche. Pour Couples Retreat, Universal a dépensé entre 700 et 900 millions de Fcfp localement. Mascaret, c’est 110 millions de dépenses locales.”

Quel est selon vous l’avenir du long métrage en Polynésie ?

“Nous sommes un petit pays, il n’y aura jamais de cinéma national, parce qu’il n’y a pas de sources de financement. Même si les 260 000 habitants de la Polynésie française allaient tous les jours au cinéma, cela ne suffirait pas à financer un film. À mon sens, la seule façon de développer l’industrie du cinéma polynésien serait de nous appuyer sur des histoires universelles, qui puissent intéresser l’extérieur, et de nous appuyer sur des coproductions extérieures. Si on continue à faire des choses cohérentes, si le CNC abonde dans notre sens, les choses vont bouger. Tahiti Film Office est maintenant membre du réseau Film France, il y a un diplôme universitaire aux métiers de l’audiovisuel qui a vu le jour cette année… Tout cela avance plutôt bien. Il faudra trouver des histoires, des auteurs, peut-être qu’on devrait s’appuyer sur l’édition en Polynésie, elle est plutôt riche !”

Des rumeurs ont récemment circulé sur une disparition éventuelle de l’Apac, l’aide à la production audiovisuelle, qu’en est-il ?

“Il n’y a pas de raison que l’Apac disparaisse. Je crois qu’une réduction de son montant a été évoquée. Ce n’est pas un secteur économique prioritaire, mais c’est une niche économique d’avenir. Il ne faut surtout pas lâcher ça. Quand on donne 20 millions à Mascaret Films et qu’ils en dépensent 110 localement, c’est gagnant gagnant. On a lancé une machine, on en voit déjà les résultats. Je pense notamment au festival du court métrage sur mobile. Quand tu vois 400 jeunes dans une salle et 90 films présentés, dont certains sont à tomber par terre, c’est génial ! Il y a un vrai potentiel ! Il ne faut pas arrêter, ne serait-ce que pour eux !”

Sources : Propos recueillis par Khadidja Benouataf, Les Nouvelles de Tahiti

La nuit de la fiction du Fifo

C’est LA nouveauté cette année : le Fifo s’ouvre à la fiction ! Lundi 25 janvier, la veille de l’ouverture officielle du festival, une soirée entière sera consacrée à la projection de sept courts-métrages en provenance de Polynésie, d’Australie, de Nouvelle Zélande…

Ainsi qu’à la présentation en avant-première du film Une lubie de monsieur Fortune, long métrage de 90minutes tourné à Tahiti. Il sera présenté par François Guilbeau, directeur général de France 2 qui diffusera cette oeuvre dans le courant de l’année 2010.

“Cette ouverture à la fiction était réclamée par le public”, commente Pierre Ollivier, délégué général du Fifo, initiateur de ce nouveau rendez-vous. “J’ai reçu 60 fictions dont quatre ou cinq longs-métrages. Cela veut dire qu’il y a une attente de l’Océanie pour un événement comme celui-là. La diversité des thèmes, la liberté des formats, le développement des nouvelles technologies font de la fiction le territoire d’expression privilégié d’une nouvelle génération de créateurs. Ils trouveront à n’en pas douter les ressources pour donner corps à leurs envies. Dans cet esprit, cette année l’atelier d’écriture de scénario a choisi comme thématique la fiction en format court. Et dès 2011, une véritable section fiction sera en place, en compétition, espérons que d’ici là, de nombreuses vocations polynésiennes et océaniennes naîtront.”

Source : http://www.lesnouvelles.pf/article/a-laffiche/%E2%80%9Cle-festival-international-du-film-obligatoire%E2%80%9D