2 co-auteurs renommés, Claire SCHWOB et Philippe GIANGRECO ainsi que la productrice Christine TISSEAU parlent de leur court métrage qui traitera de l’attachement à la terre chez les îliens

24082013. Les Nouvelles de Tahiti. Au large d'une vieRacontez-nous la genèse du projet?

Christine TISSEAU : Nous travaillons sur ce projet depuis 6 mois, la scénariste Claire SCHWOB et moi-même, nous avons rencontré Philippe Giangreco, alors que de Paris il organisait le casting de la série « les îles d’en face » et l’avons ensuite revu lors de son tournage en Polynésie en mars : l’idée l’a tout de suite emballé. A son retour à Paris, nous avons commencé à travailler à distance puis nous l’avons fait revenir à Tahiti, soutenues par l’Apac, l’Aide à la production Audiovisuelle et Cinématographique, et aidées par Air Tahiti nui partenaire du projet, pour avancer sur l’écriture du scénario avec Claire. Celui-ci sera terminé fin septembre 2013 et s’inscrit dans un souhait de développement de la production de films de fiction en Polynésie française en commençant par le début : l’écriture d’un scénario.

De quoi parle le court-métrage?

C’est l’histoire d’un jeune réalisateur polynésien qui, il y a dix ans, a fait le choix de partir de son île pour aller faire une école de cinéma à Paris. Il réussit ces études, signe un contrat avec une chaîne de télévision pour la réalisation de son premier film de long métrage, la consécration, le rêve de sa vie… Dix ans après, il est sollicité par un organisateur de festival de court-métrages de fiction à Tahiti en tant que président du jury. Il rentre donc au fenua et est confronté à ce qu’il a laissé sur son île natal (sa terre, sa famille, ses amis) mais aussi à ceux qui ont fait le choix de rester ;

Quels messages voulez vous transmettre à travers ce projet?

Claire Schwob, co-auteur et réalisatrice du film Au large d'une vieClaire SCHWOB Le court métrage parle essentiellement de cet attachement à la Terre qui est un sentiment spécifique chez les îliens, de Polynésie évidemment mais également du monde entier. Les jeunes îliens qui s’expatrient pour leur travail se retrouvent au fil du temps confronté à ce questionnement très fort sur les choix de vie qu’ils ont fait: quitter leur terre natale, leurs amis et leur famille pour assouvir leurs ambitions professionnelles.

Ce film essayera d’apporter un éclairage sur cet attachement à la terre, qui est semble être un point commun entre tous les insulaires, les choix qui en découlent, … Le personnage principal et les personnages secondaires ont été conceptualisés de manière à réunir toutes les facettes de cette “singularité ilienne” qui m’a vraiment beaucoup touchée.

Monsieur Giangreco, vous retrouvez vous également dans cette “mentalité polynésienne”?

Philippe Giangreco, co-auteur du film "Au large d'une vie"Philippe Giangreco Dans le contexte du projet, je suis aussi un îlien (je suis sicilien) et j’ai été confronté à ce choix de vie avec l’incertitude de retrouver un jour mes racines, Après, la Polynésie présente des particularités que je n’aurais jamais connu si je n’étais pas venu ici.

J’avoue qu’avant mon premier projet en Polynésie, je n’avais aucune envie d’y mettre les pieds à cause des clichés très marqués sur Tahiti. Une fois arrivé, j’ai trouvé les paysages magnifiques et j’ai surtout réellement pu apprécier la gentillesse et le respect que les gens t’offrent. Je trouve que la jeunesse est géniale car ils regardent toujours en avant et les techniciens audiovisuels polynésiens que j’ai rencontré n’ont pas à rougir devant leurs confrères métropolitains : ils pourraient tout à fait exercer leur fonction ailleurs.

Ce court-métrage est-il aussi un appel au développement de l’audiovisuel en Polynésie?

Philippe Giangreco Ce projet s’inscrit effectivement dans une démarche de développement car il est vrai que la fiction en Polynésie n’en est qu’à ses débuts contrairement au secteur du documentaire qui est très avancé. Pourtant, la portée de la fiction auprès du public, tant local que national ou international, est bien plus élargie et les retombées notamment économiques sont généralement plus importantes ;
A Tahiti, j’ai rencontré beaucoup de gens qui ont du talent et de la motivation. Tous les acteurs de l’audiovisuel local concernés : des institutionnel au diffuseurs devraient voir l’enjeu du développement de cette filière.

Source : Teiki Curet. Les Nouvelles de Tahiti