Une Calédonie très productrice de courts-métrages de fiction, une Polynésie tournée vers le documentaire. C’est le tableau qui se dessine lorsqu’on compare les deux pays, entre lesquels les échanges en matière audiovisuelle sont nombreux.

Creative.tv-en-Nouvelle-Calédonie.-Du-caillou-au-fenuaSamedi après-midi, à La Foa, le cinéma polynésien était à l’honneur, à plus d’un titre. Au large d’une vie, présenté comme le premier court-métrage 100 % polynésien (voir encadré), a été projeté, avant une rencontre avec Claire Schwob, sa réalisatrice, et Christine Tisseau-Giraudel, productrice, également à l’origine du festival tahitien Courts des îles.

En Polynésie française, c’est la production documentaire qui domine. « C’est un vrai succès », constate Christine Tisseau-Giraudel. Le rôle joué par le Fifo (Festival international du film océanien, créé en 2004, qui se concentre sur les documentaires) est central. « On est partis de zéro documentaire il y a dix ans à une trentaine de productions locales par an, dont une dizaine de gros projets », souligne la productrice.

Emulation.
Côté calédonien, le constat est semblable : le Festival du cinéma de La Foa joue un rôle fondamental et explique l’importance, chez nous, de la fiction. « On a la chance d’avoir une production de fiction assez fournie grâce, je crois, au festival », pose Hélène Singer, déléguée générale adjointe. Elle met en avant deux points pour lesquels l’événement annuel a un impact : « l’émulation » et « le fait d’avoir une deadline », qui pousse les créateurs à faire aboutir leur projet.

Par ricochet, la création de courts locaux, souvent conçus comme « une carte de visite pour les techniciens », comme l’avance Benjamin de Los Santos pour son Awesome runaway!!, vivifie le secteur. Avec son dernier court, le jeune réalisateur veut « obtenir un “wow effect”, c’est-à-dire qu’on se dise “Ah, on peut faire ça en Calédonie !” » « Un court-métrage, c’est une sorte de tremplin, un exercice pour montrer ce qu’on sait faire », confirme Clément Bouchet, monteur sur plusieurs films en compétition. A tel point que les tournages en Calédonie permettent de faire travailler de nombreux techniciens locaux.

Techniciens.
Le Bureau d’accueil des tournages de la province Sud, créé en 2005, fait le lien entre les besoins des réalisateurs et les professionnels du Caillou. Sur le tournage calédonien de Mercenaires, long-métrage de Sacha Wolf qui sortira en salles en 2016, on retrouvait beaucoup de têtes aperçues au festival de La Foa. En Polynésie, pour les documentaires, « on a tous les techniciens qu’il faut. Ils travaillent au sein des équipes étrangères très expérimentées qu’on reçoit » explique Christine Tisseau-Giraudel. En revanche, pour la fiction, « ce n’est pas le même niveau d’exigence professionnelle » et les projets venus de l’extérieur ne font pas forcément appel aux techniciens du pays.

Les échanges entre le Caillou et la Polynésie ne devraient pas s’arrêter en si bon chemin : c’est décidé, en mars 2016, le festival Courts des îles, à Tahiti, proposera un focus sur les courts-métrages produits en Nouvelle-Calédonie. Une mise en avant hors compétition, qui offrira une vitrine à tous les réalisateurs du pays, même ceux nés ailleurs. Une synergie utile pour deux pays à qui, pour Christine Tisseau-Giraudel, « tout sourit ».

D’une pierre deux coups

L'affiche du film Au large d'une vieAu large d’une vie raconte l’histoire de Teva, qui a quitté Tahiti dix ans plus tôt et qui revient au pays dans le cadre d’un festival, pour présenter son premier long-métrage. Y sont abordées toute l’ambiguïté de la relation à leur île pour ceux qui la quittent pour réaliser leurs rêves, ainsi que l’incompréhension des proches. « Entre la Polynésie et moi, c’est une histoire d’amour, explique la réalisatrice, qui travaille sur un nouveau projet qui s’attache aux « demis », ces Polynésiens métis. Je suis touchée par la souffrance des certaines personnes, qui ne savent pas comment l’exprimer, et je le fais pour eux. »

La mise en abyme dans le monde du cinéma est calculée : Claire Schwob reconnaît avoir comme « démarche de développer un audiovisuel de fiction » et « de faire passer quelques messages aux institutionnels sans que ce soit trop lourd ». Car avec Au large d’une vie, l’idée est de proposer une « carte de visite » de tout ce que le pays peut proposer en termes de savoir-faire technique, de décors, d’acteurs et de figurants… Un point de départ pour professionnaliser la filière, développer la fiction locale voire même l’exporter.

Source : Julia Trinson / julia [dot] trinson [at] lnc [dot] nc pour http://www.lnc.nc/article/pays/du-caillou-au-fenua